Spéculer sur les produits alimentaires aggrave la faim dans le monde


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Spéculer sur les produits alimentaires aggrave la faim dans le monde
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

speculation_alimentaireSix ONG, à savoir Oxfam, SOS Faim, CNCD, 11.11.11, Financité et Fairfin, demandent au futur gouvernement de s’engager à interdire les fonds spéculatifs sur les matières premières agricoles.

Le 18 juin dernier, cela faisait exactement un an que six ONG belges (Oxfam, SOS Faim, CNCD, 11.11.11., Financité et Fairfin) ont publié un rapport démontrant que la majorité des grandes banques actives dans notre pays étaient impliquées dans la spéculation sur les produits alimentaires. Elles ont identifié des fonds incriminants chez Axa, Belfius, ING, ABN Amro, Deutsche Bank et BNP Paribas Fortis, pour un total de 3,7 milliards.

Lors de sa sortie, le rapport a suscité une telle indignation publique que SOS Faim a lancé une campagne citoyenne pour demander aux banques de mettre un terme à ce type de pratique. Au total, plus de 8.000 personnes ont réagi et envoyé des lettres où se mêlent indignation et incompréhension. Celles-ci ont été remises, ce mercredi 18 juin, aux banques concernées, lors d'une rencontre entre ONG, citoyens et représentants des banques.

Des résultats mitigés

Cette campagne a-t-elle eu un impact? Pour le moment, les résultats sont plutôt mitigés. Belfius a arrêté la spéculation alimentaire et fermé le fonds mis en cause dans le rapport des ONG. La KBC a adopté et publié une politique interne s'interdisant de spéculer sur les matières premières agricoles, sans exclure toutefois la commercialisation de fonds spéculatifs tiers sur demande explicite de ses clients. Et ce 17 juin, Axa Banque, Crelan et Keytrade ont fait savoir qu'elles réfléchissaient sérieusement à la question.

Mais si les autres banques se disent attentives au problème, force est de constater que les actes ne suivent pas vraiment. Voilà pourquoi les six ONG se tournent aujourd'hui vers le futur gouvernement et lui demandent d'inscrire dans la déclaration gouvernementale l'interdiction de commercialiser des fonds d'investissement de type spéculatif liés aux matières agricoles. Pour elles, il est clair que les banques dans leur ensemble ne bougeront que sous la contrainte.

Un type alternatif d'investisseur

Hasard du calendrier, le pape François a justement dénoncé, lundi 16 janvier, les marchés financiers qui "gouvernent le sort des peuples plutôt que de servir leurs besoins", et ceux qui "prospèrent en recourant à la spéculation financière". "La spéculation sur les prix alimentaires est un scandale qui a de graves conséquences sur l'accès des plus pauvres aux aliments", a-t-il déclaré. Le souverain pontife a alors proposé en modèle un type alternatif d'investisseur, "l'impact investor" qui accepte sciemment une diminution de son profit. "De tels investissements visent un impact social positif, comme la création d'emplois, l'accès à l'énergie, l'instruction et l'augmentation de la productivité agricole", a-t-il expliqué.

P. A.

Pour en savoir plus : www.onnejouepasaveclanourriture.org.


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