Macabre découverte en Irlande


Partager
Macabre découverte en Irlande
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Sean RossDes centaines de squelettes de bébés et d'enfants morts entre 1925 et 1961 auraient été enterrés dans une fosse commune sur le site d'une ancienne institution religieuse.

Après le scandale des Magdalene Sisters (des milliers de mères célibataires, considérées comme "immorales" et travaillant gratuitement dans des blanchisseries gérées par des religieuses) et pour lequel l’Etat irlandais avait reconnu publiquement sa responsabilité, une nouvelle et terrible affaire est en train de secouer l'Irlande. Il a en effet été révélé qu'une fosse en béton d'un ancien centre d'accueil pour enfants abandonnés tenait lieu de sépulture pour des centaines de corps d'enfants. Situé à Tuam, dans la région de Galway, à l'ouest du pays, ce centre était géré par des religieuses: les sœurs du Bon Secours de Notre Dame Auxiliatrice. Il a été fermé en 1961, puis détruit. A sa place, ont été construits un lotissement et une plaine de jeux. Mais un enclos de pelouse surmonté d'une statue de la Vierge Marie est demeuré. Là même où se situe cette sépulture.

C'est une historienne locale, Catherine Corless, qui avait été à l'école avec ces enfants abandonnés, qui est à l'origine de cette révélation au grand public. Marginalisés, moqués, ces enfant ont hanté la vie de cette femme qui a décidé de partir à leur recherche. Elle va notamment se renseigner auprès des autorités locales pour savoir combien d'enfants ont été enterrés sur le site de ce centre d'accueil. Et en comparant les registres de décès du couvent avec ceux des cimetières environnants, elle constate que 796 enfants sont morts dans l'institution entre 1925 et 1961, mais qu'un seul avait été enterré dans un cimetière… Car ces enfants abandonnés dans ce centre étaient nés hors mariage (le plus souvent à cause d'un viol), ce qui était l'une des pires choses dans l'Irlande très catholique de l'époque. Non baptisés, ils étaient parfois adoptés mais s'ils venaient à mourir, personne ne venait chercher leur corps et ils étaient donc enterrés sur place, dans le plus grand secret.

Morts dans l'indifférence

D'après le journal The Irish Mail, ces enfants seraient morts pour la plupart de malnutrition ou de maladies comme la gastro-entérite ou la pneumonie. Déjà en 1944, une inspection du gouvernement avait relevé des signes évidents de malnutrition parmi les 271 enfants et 61 filles-mères présents à l’époque.

Cette sépulture collective n'est pas inconnue des habitants de la petite ville de Tuan. Et dans les années 70, deux adolescents qui jouaient sur les lieux de l'ancien centre d'accueil, avaient découvert des ossements. Mais personne n'avait vérifié l'identité des victimes et leur nombre qui pourrait être plus important que les 796 recensés par Catherine Corless.
L'historienne s'est dit choquée par l'indifférence des contemporains de l'orphelinat. "Preuve, selon elle, de la loi du silence et de l'influence de l'Eglise catholique irlandaise qui a pesé sur ce sujet longtemps resté tabou." Suite à son travail et à la plainte déposée par le proche de deux de ces enfants abandonnés, une enquête a en tout cas été lancée qui devrait permettre l'ouverture de cette fosse commune.

L'Eglise irlandaise veut faire la clarté sur ces institutions mères-enfants

La communauté catholique irlandaise est évidemment meurtrie par ces révélations. "Je suis vraiment sous le choc!", confie Brenda. "Le chiffre annoncé est tellement considérable que j'ai du mal à croire. Comment peut-on à ce point nier l'humanité de ces enfants en ne leur offrant pas de digne sépulture, surtout dans le cadre d'une institution religieuse? Etait-ce à cause d'un manque d'argent ou parce que ces enfants n'étaient pas baptisés?", s'interroge cette catholique originaire de Dublin.

Du côté de l'institution, le clergé de Galway a précisé n'avoir jamais eu connaissance de cette fosse commune. Mais la volonté d'éclaircir les zones d'ombre liées à ces établissements est claire. L'archevêque de Dublin, Diarmuid Martin, a ainsi déclaré que "s'il n'est pas mené une enquête d'Etat pour tenter de résoudre les graves questions restées en suspens autour des institutions mères-enfants, il importe alors qu'un projet d'histoire sociale soit entrepris pour avoir une vision précise de ces établissements au cours de l'histoire de notre pays."

Il s'est également déclaré favorable, "lorsqu'il existe des motifs raisonnables", à "l'excavation de ce qui pourrait être des tombes anonymes" et à "la construction, sur tout site de tombes anonymes, de monuments portant le nom des personnes décédées, dans la mesure du possible." Ce qui devrait être fait à Tuan où un appel de fonds a été lancé pour ériger un mémorial.

P.G.

Catégorie : International

Dans la même catégorie