Le “carton rouge” de l’Eglise brésilienne


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Le “carton rouge” de l’Eglise brésilienne
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

MondialLa Coupe du Monde approche au Brésil, et les évêques locaux ne veulent pas se laisser aveugler par les paillettes de l’événement. Dans une brochure publiée en trois langues, ils dénoncent les expropriations, le gaspillage de l'argent public et la privatisation du sport.

A une semaine du Mondial, l'Eglise brésilienne sort un "carton rouge". Dans une brochure distribuée cette semaine dans toutes les paroisses du pays, la Conférence des évêques du Brésil se plaint des milliards dépensés à mauvais escient pour l'organisation de la Coupe du monde de football.

"L'Eglise veut contribuer au débat public et dire son inquiétude face à l'inversion des priorités dans l'utilisation des fonds publics, qui devraient aller à la santé, à l'éducation, à la voirie, aux transports et à la sécurité", écrivent les évêques. Ces derniers reprochent notamment aux organisateurs d'avoir chassé plusieurs centaines de déshérités vivant à proximité des stades, d'ignorer les contraintes environnementales et de privatiser le sport. Dernier exemple en date: la semaine dernière, plus de 300 personnes expulsées de leurs logements pour cause d’augmentation des loyers liée à la Coupe du Monde, ont trouvé refuge dans une église à Rio de Janeiro, à un kilomètre de l’aéroport international qui accueillera des dizaines de milliers de supporters.

Risques d'exploitation sexuelle

L'épiscopat brésilien souhaite par ailleurs attirer l'attention des autorités sur les risques d'exploitation sexuelle encourus par de nombreux enfants à l'occasion du rendez-vous sportif, où sont attendus quelque 800.000 touristes étrangers. Il est d'autant plus inquiet que l'exploitation sexuelle des mineurs est un problème endémique au Brésil. Chaque année, près de 250.000 enfants en sont les victimes, selon l'estimation de plusieurs associations de protection de l'enfance.

Ce 11 juin, des évêques, des religieuses, des prêtres et des représentants d'institutions, mouvements et pastorales de l’Eglise catholique participeront d'ailleurs à une marche intitulée: "Joue en faveur de la vie – Dénonce le trafic d’êtres humains".

Mobilisation générale

Une large partie de la population partage l'opinion de l'Eglise et un vent de fronde souffle sur le pays à seulement quelques jours de la compétition. La présidente Dilma Rousseff continue malgré tout à défendre l'organisation de l'événement. La majorité des investissements publics effectués depuis 2007 l'ont été "pour le Brésil", et pas pour le Mondial, a-t-elle plaidé. Mais le succès de la Coupe du monde, estime la Conférence des évêques, ne se mesurera pas à l'argent qu'elle va rapporter. "Une victoire pour tous ne sera possible que si certaines exigences fondamentales sont remplies", souligne-t-elle.

P. A.

Catégorie : L'actu

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