“J’aimerais rester dans l’Histoire comme un brave type qui a fait de son mieux”


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“J’aimerais rester dans l’Histoire comme un brave type qui a fait de son mieux”
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Pape François 9Dans un entretien publié le 13 juin dernier par le journal catalan "La Vanguardia", le pape François répond à une vingtaine de questions, y compris les plus personnelles. De la persécution des chrétiens à la violence au Moyen-Orient, en passant par le rôle jouée par Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale, le renonciation du pape Benoît XVI ou la papamobile, il n'a éludé aucune question.

Le 9 juin dernier, au lendemain de la prière pour la paix avec les présidents d'Israël et de Palestine, le pape a reçu au Vatican le quotidien catalan "La Vanguardia" pour une longue interview exclusive. Comme à son habitude, il répond avec beaucoup de simplicité aux questions du journaliste, même les plus intimes. Concernant la persécution des chrétiens, il affirme notamment que celle-ci est plus forte aujourd'hui que dans les premiers siècles de l'Eglise. "Il y a plus de martyrs que par le passé", explique-t-il. "Et ce n'est pas de l'imagination, mais des chiffres."

Interrogé sur la renonciation du pape Benoît XVI, il répond que son prédécesseur a "créé une institution" en renonçant au trône de Pierre. "Comme nous vivons plus longtemps, nous atteignons un âge où nous ne pouvons pas poursuivre nos activités plus avant. Je ferai la même chose que (Benoît XVI)", poursuit-il. "Je demanderai au Seigneur qu'il m'éclaire lorsque viendra le moment et qu'il me dise ce que je dois faire. Je suis sûr qu'il me le dira."

Dans cet entretien, le souverain pontife fustige aussi "le système économique mondial" et regrette que nous ayons "placé l'argent au centre, le dieu argent". Il regrette en particulier le chômage des jeunes. "Quelqu'un m'a dit que 75 millions de jeunes européens de moins de 25 ans sont au chômage. C'est une barbarie."

Rendre justice au pape Pie XII

Interrogé sur le rôle jouée par Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale, le pape François ne mâche pas ses mots. "Le pauvre, ils ont tous tiré sur lui à boulets rouges. Mais il ne faut pas oublier qu'avant, il était considéré comme le grand défenseur des juifs. Beaucoup se sont cachés dans des couvents de Rome et dans d'autres villes italiennes, et même dans la résidence d'été de Castel Gandolfo. Non pas que Pie XII n'ait pas fait d'erreurs, moi-même j'en fait beaucoup, mais son rôle doit être compris dans le contexte de l'époque." Il est d'ailleurs convaincu que l'ouverture des Archives vaticanes permettra dans l'avenir d'apporter "beaucoup de lumière".

Le pape regrette, par ailleurs, que l'on s'en prenne systématiquement à l'Eglise dans ce dossier et pas aux grandes puissances. "Elles connaissaient parfaitement le réseau ferroviaire pour transporter les Juifs dans les camps de concentration. Elles avaient les photos, mais elles n'ont pas bombardé ces lignes de chemin de fer. Pourquoi?"

"La grande révolution, c'est d'aller aux racines"

Concernant la réforme de la curie, il assure ne pas avoir de projet personnel. "Ce que je fais, c’est mettre en œuvre ce à quoi nous les cardinaux avons réfléchi lors des congrégations générales." Et d'ajouter un peu plus loin: "Pour moi, la grande révolution, c’est d’aller aux racines, de les reconnaître et de voir ce qu’elles ont à dire aujourd'hui. Il n'y a pas de contradiction entre être révolutionnaire et aller à la racine. Mieux encore, je pense que pour opérer de vrais changements, il faut savoir dans la vie d’où on vient, comment on s’appelle, quelle est sa culture et sa religion."

Le pape François reconnaît avoir brisé de nombreux protocoles de sécurité afin de pouvoir approcher les gens. "Je sais qu’il peut m’arriver n’importe quoi, mais c’est dans les mains de Dieu. Je me souviens qu’au Brésil, on m’avait préparé une papamobile blindée…. Mais comment voulez-vous que je dise bonjour aux gens et aussi que je les aime, si je suis dans une boîte à sardines... Tout peut arriver, c’est vrai, mais, soyons réalistes: à mon âge, je n’ai pas beaucoup à perdre."

Comme dans ses précédents entretiens, l'évêque de Rome fait montre d'une profonde humilité. Interrogé sur ce qu'il aimerait que l'on retienne de lui, il répond: "Je n'y ai pas pensé, mais cela me plaît quand on évoque le souvenir d'une personne en disant: 'C'était un brave type, il a fait de son mieux, il n'a pas été si mal.' Je suis d'accord avec cela."

P. A.

Pour lire l'intégralité de l'interview en français, cliquez ici.

Catégorie : L'actu

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