A Bruxelles, Ahmed Ben Abderrahman n'est pas un hôtelier comme les autres. Durant la saison creuse, en hiver, il ouvre son établissement aux SDF, pour une nuit, une semaine, un mois, parfois plus. Monsieur Ben propose même des repas chauds!
Situé rue du Marché aux Fromages, dans le centre de Bruxelles, l'hôtel Mozart est un établissement bien singulier, pas seulement pour sa décoration, mariant le style français classique aux motifs orientaux. Cet établissement trois étoiles vient en effet en aide aux plus démunis pendant la période hivernale, en mettant à leur disposition des chambres et en distribuant des repas chauds.
Cette initiative hors du commun a commencé il y a vingt ans alors que le propriétaire de cet hôtel, Ahmed Ben Abderrahman, apprenait par le journal télévisé qu'un sans-abri était mort de froid. Son fils Younes, lui demanda alors de faire "quelque chose". Et dès le lendemain, cet hôtelier du cœur s'est rendu à la gare du Midi pour proposer aux SDF de les loger.
Aujourd'hui, 18 des 52 chambres sont réservées à l’accueil d’urgence, et cela ne pose aucun problème de cohabitation avec les touristes. Par ailleurs, l’hôtel distribue également de quoi manger: 130 repas chauds sont ainsi offerts quotidiennement depuis décembre. Un geste purement désintéressé, l'hôtelier ne reçoit aucune aide pour cela. En contrepartie, il demande simplement le respect des règles de propreté, de ponctualité et de sobriété pour être servi. De même, interdiction de boire de l'alcool si l'on veut rester à l'hôtel.
Inspiré par sa foi
Déjà élu "Bruxellois" de l'année en 2009, dans la catégorie sociale, Ahmed Ben Abderrahman a été récemment à nouveau distingué avec le Prix de la courtoisie pour une attitude qui tient davantage de la générosité et de la solidarité et qui est inspirée par une humble foi. L'homme est persuadé que la générosité existe chez beaucoup de gens qui ne demandent qu'à l'exprimer, mais ne savent pas comment le faire. A titre d'exemple, dans son hôtel, ils sont une soixantaine (dont certains occupent les chambres de l'hôtel) à préparer les repas à partir des invendus qu'Ahmed a ramenés des boulangeries, grossistes et boucheries… Il recréent ainsi une petite communauté dans laquelle ceux qui sont rejetés par la société viennent puiser de la chaleur humaine.
Il faudrait beaucoup d'autres "hôtel Mozart" dans nos villes…
P.G. (avec Le Soir)