Immigration : des peurs sans fondements


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Immigration : des peurs sans fondements
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Nicolas Bossut (4)A entendre certains commentateurs et politiciens, loin d'être tous liés à l'extrême-droite, la Belgique serait en passe d'être envahie par les étrangers. Un raz-de-marée, disent-ils, qui risque de coûter cher à la collectivité, si rien n'est fait pour enrayer ce phénomène. Pour Nicolas Bossut (photo), secrétaire général de Pax Christi Wallonie-Bruxelles (*), ce discours catastrophiste  ne repose sur rien de concret. Ce qu'il démontre, chiffres à l'appui.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette question?

A Pax Christi, nous nous sommes rendu compte que la peur de l'étranger était tout doucement en train d'envahir l'espace public. En effet, à écouter certains commentateurs et politiciens, pas forcément liés à l'extrême-droite, les étrangers vont envahir la Belgique et bouleverser tous nos repères. Pire, ce raz-de-marée démographique serait la conséquence d'une stratégie concertée pour anéantir l'Europe, avec la complicité des élites "multiculturalistes" qui préfèrent occulter ce danger. Je suis convaincu que nous avons tous été, un jour ou l'autre, confrontés à ce genre de discours, que ce soit en rue, à la télé ou lors d'un repas de famille. Ces idées se répandent si vite dans l'ensemble de la société qu'en 2011, 72% des Belges jugeaient l'immigration négative. Nous avons donc eu envie de vérifier tout cela et de déconstruire ce discours catastrophiste, aux conséquences potentiellement dramatiques.

La Belgique est-elle vraiment envahie par les étrangers, comme l'affirment certains?

En 2010, le nombre d'étrangers, c'est-à-dire de personnes ne disposant pas de la nationalité belge, s'élevait à 971.448, ce qui représente à peine un dixième de la population. Mais ce qui est intéressant, c'est que, contrairement à l'opinion largement répandue selon laquelle la majorité d'entre eux seraient issus d'Afrique ou du pourtour méditerranéen, deux tiers de ces étrangers sont des ressortissants d'autres pays européens. Les Italiens, les Français et les Néerlandais forment ainsi à eux seuls quasiment 50% du total des étrangers établis en Belgique. Maintenant, si l'on ajoute à ces étrangers les personnes qui sont naturalisées ou nées d'un parent naturalisé, on obtient un total de 2.669.378 citoyens issus de l'immigration, soit 24% de la population. Là aussi, le top 5 des nationalités a de quoi surprendre, puisque les plus nombreux sont les Italiens (435.000), suivis des Marocains (408.000), des Français (266.000), des Turcs (230.000) et des Néerlandais (270.000). Donc, dire que la Belgique est envahie d'étrangers, qui plus est d'origine africaine ou subsaharienne, est largement exagéré. A l'exception notoire de Bruxelles, les étrangers extra-européens ne forment que 2% de la population belge, un chiffre bien trop faible pour justifier un quelconque fantasme.

Comment se fait-il, dès lors, que tant de personnes aient l'impression inverse?

Je pense qu'il y a des étrangers qui sont plus étrangers que d'autres. En fait, ce ne sont pas les Français, les Italiens ou les Néerlandais qui posent problème, ce sont les Marocains et les Turcs, autrement dit les musulmans. Derrière la peur des étrangers se cache donc en fait une peur de l'islam.

Les étrangers coûtent-ils cher ?

Contrairement à l'idée largement répandue, le bilan de la présence des immigrés est très positif financièrement pour l'Etat. Ne disposant pas de données pour la Belgique, nous avons analysé la situation en France, mais nous pouvons supposer qu'elle soit globalement similaire à celle de la Belgique. En 2011, les parlementaires français ont publié un audit exhaustif sur la politique d'immigration, d'intégration et de co-développement qui balayait les mythes largement popularisés par l'extrême droite. Il en ressort que les étrangers rapportaient, en 2009, 12 milliards d'euros à la trésorerie française. Quant aux immigrants illégaux, ils rapportent également aux caisses de l'Etat puisqu'ils paient la TVA et, s'ils travaillent, impôts et cotisations. Bien sûr, ils rapporteraient beaucoup plus, s'ils disposaient de titres de séjour.

Pascal ANDRÉ

(*) Pax Christi Wallonie-Bruxelles, Rue Maurice Liétart, 31/1, à 1150 Bruxelles – 02.738.08.04 – info@paxchristiwb.be – www.paxchristiwb.be.

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