RDC : l’Abbé Malu-Malu sanctionné


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RDC : l’Abbé Malu-Malu sanctionné
Par Jean-Jacques Durré
Publié le
3 min

Le 30 juin était jour de fête nationale en République démocratique du Congo. C’est le jour qu’a choisi la conférence épiscopale du Congo (Cenco) pour sanctionner l’abbé Malu-Malu, qui a accepté de présider, contre l’avis des évêques, la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Pour comprendre les raisons des sanctions prises à l’encontre du prêtre du diocèse de Beni-Butembo, dans le Nord-Kivu, il faut remonter dans le temps. L’abbé Appolinaire Malu-Malu n’est pas un inconnu. Ce clerc atypique – il est docteur en Sciences politiques de l’Université de Grenoble-II et détient une maîtrise en Sciences des droits de l’homme, et un diplôme d’études approfondies en Sciences politiques, en philosophie et en théologie à Lyon - il a déjà présidé l’ancêtre de la CENI en 2003 qui a organisé, en 2006, les premières élections présidentielles et législatives libres depuis 1960 dans l’ancienne colonie belge. Cela lui avait valu de vives critiques dans la mesure où les résultats de ces élections, qui ont porté au pouvoir le président Joseph Kabila (qui avait succédé à son père assassiné en 2001), étaient contestés, notamment par Jean-Pierre Bemba, l’un des vice-présidents de la transition démocratique, aujourd’hui emprisonné à La Haye.

Féru de politique et de droits de l’homme, l’abbé Malu-Malu a ensuite laissé la place au pasteur Daniel Ngoy Mulunda à la tête de la CENI, lequel a présidé à l’organisation des élections de 2011 qui ont reconduit le président Kabila à la tête de l’état congolais. Une élection critiquée par l’Eglise catholique congolaise et surtout par le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa. Petite parenthèse : Mgr Monsengwo fait partie du collège des huit cardinaux mis en place par le pape François pour l’aider dans la réforme de la Curie romaine.

Mise en garde non respectée

En avril dernier, la président Kabila signait un décret pour modifier la composition de la CENI, en fonction des résultats des élections législatives de 2011. Début juin, l’Assemblée nationale (parlement) congolaise, a entériné, ce vendredi 7 juin, la composition de cette institution, qui comprend des membres de l’opposition (UDPS et MLC). Elle désigné comme président l’abbé Apollinaire Mala Malu… alors que la Cenco avait clairement demandé aux prêtres congolais ne pas se porter candidats, ni d’accepter de faire partie de cette instance. En mai dernier, le deuxième secrétaire général adjoint de la Cenco, l’abbé Félicien Mwanama, avait déclaré que les prêtres et religieux qui seraient désignés membres de cette commission iraient à l’encontre « des dispositions canoniques » de l’Eglise catholique. La Cenco rappelait que « les normes de l’Eglise catholique et la position commune de évêques qui interdisent formellement aux ecclésiastiques dans notre pays de prendre activement part aux partis politiques et associations à caractère politique ainsi qu’à la direction des institutions étatiques, quel qu’en soit le niveau, chargées d’organiser les élections dans notre pays ».

Passant outre l’interdiction des évêques, Malu-Malu a donc accepté la présidence de la CENI. La réaction n’a pas tardé. La conférence épiscopale du Congo a adopté des sanctions à son encontre. La Cenco, réunie du 24 au 28 juin, a démis le prêtre de ses fonctions de directeur général de l'institut panafricain Cardinal Martino, un organisme de formation et de réflexion chargé du dialogue social de l'Eglise. Le prêtre sera en outre « pris en charge par son évêque qui appliquera à son endroit les sanctions canoniques qui s'imposent », précise un communiqué des évêques sans mentionner la nature des sanctions. Dans leur texte, les évêques rappellent « qu'ils n'ont présenté aucun ecclésiastique à la CENI ».

Affaire à suivre donc…

J.J.D.

(c) Photo: www.cath.ch

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