État d’urgence dans trois États du Nigéria


Partager
État d’urgence dans trois États du Nigéria
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

Au Nigéria, le président Gooduck Jonathan a décrété l‘état d’urgence dans trois Etats, le Borno, le Yobe et l’Adamawa. Cette décision intervient au moment où des actes particulièrement sanglants frappent le pays, actes pour la plupart revendiqués par Boko Haram, l’organisation terroriste islamiste.

C'est un échelon de plus dans l'escalade de violence qui continue au Nigéria depuis maintenant près de quatre ans. Le président Goodluck Jonathan a en effet mis trois des trente-six Etats de cette république fédérale sous le coup de l'état d'urgence: Adamaoua, Borno et Yobe se sont vus affecter des effectifs supplémentaires de soldats, après plusieurs nouvelles attaques meurtrières des djihadistes de Boko Haram. La dernière en date, dans l'Etat de Benue, au centre du pays, a fait cinquante-trois morts, et treize villages ont été incendiés.

Un échec du gouvernement

Si ce n'est pas la première fois que des Etats du Nigéria se retrouvent en état d'urgence, cette décision signe tout de même un échec du gouvernement nigérian, qui avait misé à la fois sur un renforcement de la présence militaire dans les Etats du nord, les plus vulnérables au terrorisme islamiste, et sur une offre d'amnistie pour les combattants de Boko Haram qui accepteraient de déposer les armes. Force est de constater que cette double stratégie est aujourd'hui mise en échec. Il y a peu, l'archevêque d'Abuja, le cardinal Onaiyekan, n'avait d'ailleurs pas hésité à remettre en cause les méthodes de lutte contre Boko Haram, mises au point par les autorités. "La solution trouvée jusqu’à présent est contre-productive", avait-il déclaré, "surtout lorsque les soldats procèdent à des arrestations de masse parmi les jeunes. Tout le monde est suspecté d’appartenir au groupe et cette méthode n’a pour effet que de grossir les rangs du groupe extrémiste."

Un calcul électoral

Un avis que partage l’évêque de Yola, Mgr Stephen Dami Mamza. Au cours d’une rencontre avec une délégation internationale de la Fondation AED, Aide à l’Église en détresse, celui-ci a effectivement accusé le gouvernement de Goodluck Jonathan de ne pas en faire assez pour combattre les "Talibans africains". "Il n’est pas dans l’impossibilité ni dans l’incapacité de le faire", a-t-il expliqué. "Il s’agit tout simplement d'un calcul préélectoral. Le régime ne veut pas irriter les électeurs qui sympathisent avec les extrémistes."

Le Nigeria est divisé entre un Nord à dominante musulmane et un Sud majoritairement chrétien. Boko Haram, très actif dans le nord et le centre du pays, revendique l’instauration d’un Etat islamique, mais ce groupe est composé de plusieurs factions aux intérêts divergents et ses revendications ont changé plusieurs fois par le passé.

Pascal ANDRE

Catégorie : L'actu

Dans la même catégorie