Corée du Nord : bluff ou réelle menace ?


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Corée du Nord : bluff ou réelle menace ?
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
2 min

Editorial de Pascal André, paru dans "Dimanche Express" n°15 du 21 avril 2013

Chaque année, au printemps, c'est le même scénario qui se reproduit. Pyongyang éructe contre l'impérialisme américain, Washington et Séoul répliquent sur un ton martial, l'ONU condamne et l'opinion internationale s'indigne. Et puis, la tension retombe. Car la Corée n'a ni les moyens de mettre ses menaces à exécution ni intérêt à le faire: une guerre contre les États-Unis sonnerait le glas de son régime. Du moins, c'est ce que l'on croyait, car il semble, cette fois-ci, que la situation soit quelque peu différente. Jamais, en effet, jusqu'à présent, la crise n'avait été aussi longue. Cela fait près de deux mois que Kim Jong-un est monté sur ses grands chevaux et il n'a toujours pas dételé, un peu comme s'il était pris dans une spirale du bluff et de la surenchère dont il n'arrive plus à se sortir. Un coup de tête du jeune tyran n'est donc pas à écarter.

Reste maintenant à savoir si la Corée du Nord a les moyens de mettre ses menaces à exécution, c'est-à-dire de miniaturiser une arme nucléaire et de la monter sur un missile balistique. Vu que des informations contradictoires circulent à ce sujet, le doute est permis. Voilà sans doute pourquoi le président Barack Obama a préféré envoyer son secrétaire d'État, John Kerry, dans la région, afin de calmer les esprits. On n'est effectivement jamais trop prudent, surtout lorsqu'on a affaire à un homme doté de tous les pouvoirs dans un pays où le culte du chef a été érigé en religion d'Etat.

Ce qui rend malheureusement la Corée du Nord si forte et lui permet de continuer à souffler le chaud et le froid, c'est qu'elle sait que personne ne souhaite sa disparition à court terme. Ni la Chine, qui a fait main basse sur ses ressources naturelles. Ni les Etats-Unis, qui, grâce à Pyongyang, sanctuarisent leur budget de défense et légitiment leur présence militaire au Sud. Ni le Japon, peu favorable à une Corée réunifiée qui serait un redoutable concurrent. Ni même la Corée du Sud, qui sait que la facture de la réunification minerait sa prospérité, déjà ébranlée par la crise mondiale.

Chacun espère donc que prévaudra la sagesse, que Kim Jong-un renoncera à "jouer avec le feu" et à envoyer des missiles malgré les mises en garde internationales. Personne n’a rien à gagner d’une guerre, et surtout pas le peuple nord-coréen, déjà épuisé par les restrictions et les entraves à la liberté.

Pascal ANDRÉ

Catégorie : En dialogue

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