Alzheimer autrement


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Alzheimer autrement
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Dans ce récit, qui n'est pas romancé, un jeune fils, écrivain talentueux et reconnu par ses pairs, relate les dernières années de vie de son père. Ce faisant, il conjure le sort et affronte posément la maladie qui frappe celui-ci et l'enferme dans ses rets: Alzheimer.

Inquiété au début par l'irruption des premiers symptômes, Arno Geiger comprend rapidement que ce nouvel état paternel lui confère, malgré tout, de multiples occasions de complicité et d'affection rarement témoignée auparavant. Et même si son père August perd peu à peu la tête, Arno n'en éprouve pas moins des moments d'échanges et de complicité profonds, après des années d'incompréhension commune. Adolescent rebelle aux valeurs paternelles, le fils avait pris ses distances, qu'il efface progressivement durant la maladie, longue de dix ans.

La chronique d'un changement

C'est un écrivain qui raconte ce glissement progressif dans une autre réalité. Il glisse dans ses observations des allusions à d'anciennes lectures, des témoignages de proches parents, des souvenirs familiaux. Parfois indiscrète, cette chronique familiale évoque aussi l'échec du couple parental, qui se sépare après 30 ans de vie commune. Plus que la différence d'âge, c'est leurs trop nombreuses différences qui les ont brisés. A défaut d'un foyer serein, August a bâti de ses propres mains une maison sans cesse complétée de nouveaux appendices. Et lui qui aspirait tant à rester dans ses murs chaulés passera la fin de sa vie à s'inquiéter de ne plus retrouver sa maison, alors même qu'il y réside encore. Il est en perpétuel exil par absence de communication. Et le comportement face à la démence est bien différent selon les tempéraments. Ainsi, la sœur d'Arno éprouve la nécessité d'oublier au plus vite les heures passées dans la maison de retraite des derniers mois, tandis que le deuxième fils préfère carrément éviter ce lieu.

Les repères ont changé, désormais c'est au fils de rassurer le père, de "jeter un pont" vers son univers, qui semble soudain si lointain, aux référents et aux codes ignorés des bien portants. Car il demeure une logique incompréhensible, certes la plupart du temps, mais néanmoins encore souveraine. "Les enfants acquièrent des facultés, les personnes atteintes de démence en perdent."

Evocation d'un monde ancien

Elevé dans une famille catholique, August a grandi à la campagne. Survient alors la Deuxième Guerre mondiale et son lot de traumatismes pour cette famille résistante – "On afficha un écriteau sur la maison : Cette famille est hostile au peuple allemand". En évoquant la vie de son père, Arno Geiger raconte celle du village de Wolfurt tout entier: le grand-père forgeron, la grand-mère si bonne et discrète que l'on se souvient à peine d'elle, les fratries toujours nombreuses, le travail des champs, … Le passé surgit dans des scènes d'autrefois. Il s'agit presque d'une quête d'ethnologue !

Lucide, Arno Geiger suit son père dans cette autre réalité qui lui tient lieu de présent. Il l'accompagne avec bienveillance dans ce long voyage qu'est la vieillesse. "Même pas peur", diraient les plus jeunes. Oui, Arno Geiger n'a pas eu peur de suivre son père August aux confins de la vie, pour une ultime balade.

Angélique TASIAUX

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"Le vieux roi en son exil", Arno GEIGER, éditions Gallimard, 180 p.


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