Une décision courageuse


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Une décision courageuse
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
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Editorial de Jean-Jacques Durré paru dans "Dimanche Express" n°6 du 17 février 2013 :

Dire que l’annonce de la prochaine démission du pape a fait l’effet d’une bombe est un euphémisme. Apparemment, ses proches collaborateurs n’étaient pas informés, si l’on en juge par la réaction du doyen des cardinaux. Benoît XVI a donc pris tout le monde de court. Pourtant, au vu de sa déclaration, on comprend que cette démission n’a pas été prise à la légère, qu’elle a sûrement demandé au souverain pontife une difficile réflexion dans la prière. Il le dit lui-même dans le court communiqué fait à l’ouverture du consistoire qui était convoqué pour la canonisation de trois nouveaux saints.

Au-delà de la surprise, il faut mettre en lumière plusieurs éléments, en soulignant tout d’abord le profond respect à avoir pour ce geste que l’on peut qualifier de courageux. Il n’est guère facile de poser un tel acte, a fortiori lorsque l’Eglise et les chrétiens n’y ont jamais été habitués, à tout le moins dans l’histoire récente. Tous les successeurs de Saint Pierre de la période contemporaine ont toujours assumé leur fonction jusqu’à la mort. Chacun a encore en mémoire le souvenir de Jean-Paul II, allant jusqu’au bout de ses forces, pour poursuivre sa mission au service de l’Eglise et ce bien qu’il avait explicitement prévu cette éventualité de renoncer à sa charge dans la Constitution apostolique Universi dominici gregis. Benoît XVI fait d’ailleurs allusion à la souffrance vécue par son prédécesseur. De toute évidence, tant Jean-Paul II que Benoît XVI ont fait des choix personnels, qu’il faut saluer.

L’ampleur de la tâche est énorme et l’on peut comprendre qu’en raison de l’âge le souverain pontife estime n’être plus en mesure de l’assumer. A cet égard, le pape fait preuve d’un grand sens des responsabilités et est cohérent. Au début de son pontificat, il avait affirmé qu’un pape "a le droit, et selon les circonstances, le devoir, de se retirer s’il sent ses forces physiques, psychologiques et spirituelles lui échapper". Nous ne pouvons encore une fois que saluer cette clairvoyance. Mais, ce qui paraît aussi essentiel à mettre en exergue, c’est le précédent créé qui pourrait faire jurisprudence. Car, la justification de cette démission, au-delà de l’âge, est aussi à replacer, comme le dit le pape, dans le contexte actuel, où les changements sont rapides et les bouleversements géopolitiques nombreux. Ce qui signifie autant de challenges immenses à relever pour l’Eglise. Benoît XVI a donc dû juger qu’il était préférable de mettre en place un successeur pour affronter ces défis et mener la barque de Saint Pierre à bon port. On ne peut que le remercier.


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