Rencontre avec un jeune moine


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Rencontre avec un jeune moine
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Dans notre société déchristianisée et matérialiste, certains destins s'avèrent très interpellants. Il en va ainsi de Frère Eric-Marie, de l'abbaye bénédictine de Clervaux, au Grand-Duché de Luxembourg. Entretien avec un jeune moine belge sur son parcours peu commun.

 

- Quelle a été votre vie avant que vous décidiez d'entrer dans un monastère?

- Mon attrait pour la vie religieuse a pris un visage concret lors d’une retraite de dernière année au collège. J’avais dix-sept ans. Nous étions quatre élèves de rhétorique à choisir une retraite spirituelle en abbaye. Ce fut mon premier contact avec Clervaux. J’y suis revenu par la suite pour me ressourcer. L’appel à la vie monastique s’est peu à peu précisé, mais j’avais décidé de n'entrer au monastère qu’après avoir mené à bien deux années d’études en ingénieur civil, pour me donner le temps de mûrir mon choix.

- Dans la société déchristianisée actuelle, qu'est-ce qui peut motiver un jeune de vingt ans à renoncer au monde pour entrer dans un monastère?

La société offre d’immenses possibilités d’épanouissement. Elle laisse aussi sur leur faim ceux qui lui posent des questions plus profondes, mais essentielles, sur le sens de la vie par exemple. Ces questions m’intéressaient. Mais les réponses ne pouvaient pas venir seulement de "l’homme". J’estimais que Dieu avait encore un rôle à jouer. J’avais trouvé un chemin où je pouvais m’aventurer avec confiance. La quête incessante des moines pour vivre avec le Christ me fascinait.

- Pourquoi avoir choisi un ordre monastique ancien?

- Dans l’Eglise, les visages de la vie religieuse sont multiples. On ne peut les embrasser tous. Mes liens spirituels avec Clervaux se sont tissés pendant trois ans et ont gagné ma confiance. Selon la Règle de saint Benoît, la vie monastique est évangélique, centrée sur le Christ. Elle est aussi communautaire, silencieuse, à l’écart. La prière y tient une place importante. L’étude et le travail y sont très équilibrés. Cela m’attirait.

- Y a-t-il d'autres moines d'à peu près votre âge à l'Abbaye Saint-Maurice? Comment se passe votre insertion dans une communauté de moines assez âgés?

- L’aspect familial d’une communauté bénédictine était et reste pour moi un atout: sans séparation des générations, ni mise à l’écart des anciens. Tous ont un rythme semblable… Lors de mon arrivée, tous les âges étaient représentés. Cela permet aux jeunes de s’intégrer naturellement. Actuellement, la jeunesse a mûri. Mais nous restons confiants dans l’avenir: la vie monastique interpelle encore.

- Vous est-il arrivé de regretter ce choix? Ou au contraire, si c'était à refaire, le referiez-vous?

Ma liberté est mon bien le plus précieux. J’ai voulu l’offrir à Dieu, je l’offre chaque jour à nouveau. Jamais je n’ai remis fondamentalement en question ma décision. Il y a bien sûr des périodes de clarté, d’autres où on accepte de se laisser guider. Le chemin spirituel a quelque chose de neuf à chaque pas. Il y faut une grande part de confiance dans Celui qui appelle et qui ne déçoit jamais.

- Vous êtes un ancien champion de natation. Y a-t-il un lien entre le fait d'avoir été un sportif de haut niveau, et votre engagement au service de Dieu? (recherche de la perfection, de l'Absolu, effort d'ascèse, etc.)

- Cela m’a aidé pour vaincre certaines limites personnelles. Saint Paul parle des athlètes qui luttent dans le stade et s’imposent une discipline stricte… A plus forte raison, devons-nous accepter certaines privations joyeusement pour suivre le Christ! Il y a donc une sorte de "verticalisation" essentielle et sans laquelle nos efforts risquent fort d’être poursuite de vent!

- Comment voyez-vous votre avenir personnel et celui de votre communauté?

Nous sommes dans la main de Dieu. Je pense souvent à cette belle poésie de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus: "Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère (...). Tu le sais, ô mon Dieu! Pour t’aimer sur la terre, je n’ai rien qu’aujourd’hui."

Propos recueillis par Louis MATHOUX

Catégorie : L'actu

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