Un pèlerinage en Mongolie intérieure sur les traces des Scheutistes


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Un pèlerinage en Mongolie intérieure sur les traces des Scheutistes
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
4 min

Pour fêter les 150 ans des Missionnaires de Scheut, la Fondation Ferdinand Verbiest (KULeuven) a organisé l'année dernière un voyage en Chine sur les traces des religieux scheutistes, qui y vécurent dès le début de leur mission. L'abbé Philippe de Rosen a eu le bonheur d’y participer avec trois autres confrères et un groupe de laïcs belges et néerlandais, amis ou membres de famille de Scheutistes.

La Congrégation du Cœur Immaculé de Marie [CICM] a été fondée à Scheut, le 28 novembre 1862 par un prêtre diocésain belge, Théophile Verbist. Cette famille religieuse missionnaire rassemble aujourd'hui plus d'un millier de membres. En faisant ce voyage vers la Mongolie l'année dernière, les Européens ont pu se rendre compte de ce que les premiers Scheutistes ont traversé : «Quel courage ont eu ces hommes et ces femmes missionnaires, en quittant leur famille et leur pays, sans espoir de retour ; un voyage de plusieurs semaines en bateau ou par le Trans-sibérien, puis à cheval ou dans une charrette cahotante sur des sentiers étroits et dangereux… à travers des montagnes inhospitalières (vaincues aujourd’hui par des ponts et des tunnels formidables), tributaires des bandits pilleurs… »

Ce voyage a permis aux participants belges et néerlandais de se recueillir sur les tombes de leurs confrères et au pied du mausolée érigé à la mémoire de leur fondateur Théophile Verbist, enterré initialement dans cette église de Laohugou, avant d’être transféré plus tard en Belgique, à Scheut, où il repose aujourd’hui.

L’accueil fut le même à Siwantzi, l’ancienne mission centrale de Scheutistes en Mongolie intérieure. Les chrétiens y achèvent la construction de la troisième cathédrale de leur ville, identique à celle qui a été détruite à deux reprises, d'abord par les Boxers et ensuite par la révolution culturelle chinoise. Elle sera néanmoins plus grande et plus belle même. "Les chrétiens nous ont presque « portés » sur la montagne sacrée où nos confrères reposent dans un magnifique cimetière. Ils sont en train d’aménager un sentier en dur qui ira jusqu’au haut de la montagne, au long duquel ils ont déjà placé les 14 stations du chemin de croix en marbre ! La cathédrale, comme le reste, est réalisé grâce à la générosité des membres de la communauté et les amis", précisent les pères de Scheut.

Témoignage de foi

Le groupe d'Européens a eu l'occasion de célébrer avec les chrétiens de Mongolie une eucharistie haute en couleur : « A Ershisiquingdi, ils nous attendaient au bord de la route à 8h du matin : prêtre en chasuble, acolytes, lecteurs, chorale, tous en aubes blanches, avec toute une fanfare. Les pétards assourdissants, les applaudissements, les battements des tambours et le son des cuivres… quelle ambiance ! Ils nous ont précédés en procession jusque dans l’église où la messe a pu commencer. La fanfare est intervenue pour le début, le gloria, le sanctus et la fin. Les flutes et instruments plus doux accompagnaient d'autres moments plus recueillis. Des jeunes lecteurs ayant une magnifique diction et une grande dignité, ainsi que les acolytes en grand nombre ont solennisé cette belle liturgie. Quel silence et quelle dévotion admirable ! », se rappellent avec joie les participants.

Ce voyage a malheureusement aussi été perturbé par les relations tendues entre les autorités locales et l'Eglise romaine. En multipliant les obstacles ou en précipitant la fin de certaines rencontres, la Sûreté de l'Etat a montré sa méfiance vis-à-vis de ces témoins occidentaux. Ces « reporters » belges racontent : « Nous avions du mal à comprendre les tensions qui existent dans le clergé. Nous entendions parler de l’église officielle reconnue par l’Etat et celle qu’on appelle l’église souterraine. Pour nous, c’était évident, nous constations une seule Eglise : même célébrations selon le rite Vatican II ; même Evangile, même profession de foi ; même attachement au Saint-Père à Rome. Après tout, nos pays européens ont aussi connu la mise sous tutelle de l’Eglise par l’Etat : Constantin, Charlemagne, Albert et Isabelle, Joseph II d’Autriche, Napoléon, Le Vatican a bien dû s’y soumettre, de gré ou de force. La Chine a été si souvent humiliée par l’Europe dans le passé. Nous comprenons qu’aujourd’hui ils craignent que cela reprenne. Ils restent pour cela méfiants vis à vis de ces visites de l’étranger et du désir du Vatican de nommer les évêques. En tenant compte du passé nous devons avoir beaucoup de respect pour cette Eglise qui cherche à se construire dans la fidélité à l’Evangile et en lien fraternel avec les autres Eglises du monde. »

Philippe de Rosen CICM

Catégorie : Eglise Belgique

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