RDC : la situation se dégrade à l’est


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RDC : la situation se dégrade à l’est
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

Selon plusieurs sources, les rebelles du M23 sont entrés ce mardi 20 novembre dans Goma, capitale régionale du Nord-Kivu. Le président congolais a appelé à la mobilisation générale tandis que, sur le plan diplomatique, la communauté internationale a vivement réagi à la reprise des combats.

Le conflit qui perdure dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC) entre les rebelles du M23 et les troupes de l’armée congolaise, semble être entré dans une nouvelle phase. Si la situation militaire dans la capitale régionale du Nord-Kivu, selon une source militaire occidentale, l'armée régulière congolaise se retire de la ville. Des tirs d’armes lourdes ont retenti dans la ville et l’aéroport, proche de la frontière rwandaise, serait tombé aux mains des rebelles.

Les rebelles du M23 encerclaient la ville depuis plusieurs jours. Les combats ont repris à l'issue d'un ultimatum lancé par les rebelles à Kinshasa, exigeant la "démilitarisation" de la ville et l'ouverture de négociations. Le gouvernement congolais avait catégoriquement refusé de négocier avec le M23 qu'il qualifie de "forces fictives mises en place par le Rwanda pour dissimuler ses activités criminelles en RDC".

De fait, le Rwanda semble jouer son va-tout dans ce dossier. Si Kigali ni avec force ne pas soutenir les rebelles du M23, coupables d’exactions atroces, plusieurs rapports des Nations Unis – dont l’un oublié récemment - ont démontré que le régime du président Kagamé soutenait bien la rébellion. Une autre pays fait aussi l’objet des mêmes accusations : l’Ouganda de Museveni. En fait, les deux pays qui avaient en 1998 aidé les troupes de Laurent-Désiré Kabila, père de l’actuel président congolais, de chasser Mobutu du pouvoir.

Nombreux sont les observateurs qui affirment, non sans raison, que le conflit dans l’est de la RDC n’a pas pour but de renverser le président Kabila ni son gouvernement, mais bien de prendre le contrôle de cette région du pays, riche en minerais de toutes sortes. Récemment de passage à Bruxelles, la Docteur Mukwege, qui a fui la région après une tentative d’assassinat, a réaffirmé ce fait tout en témoignant des atrocités dont sont victimes les femmes.

De fait, ce sont les populations civiles qui sont les premières victimes du conflit. Sur place, la situation humanitaire devient catastrophique : la population fuit les combats et la nourriture commence à manquer. Face à cette dégradation de la situation, le président Joseph Kabila a lancé un appel "au peuple ainsi qu'à toutes les institutions" à se mobiliser contre l'agression dont la RDC est victime. "Je demande la participation de toute la population à défendre notre souveraineté", a-t-il dit, en appelant aussi au calme, « même si c'est difficile, dans la situation actuelle, de garder son calme ». Quant à la situation humanitaire, le président a affirmé que le gouvernement congolais s'attelle à « assister les victimes de l'insécurité dans le Nord Kivu à travers les ONG attitrées. Ceci parce qu'il est difficile au gouvernement d'accéder à certains camps des déplacés qui se trouvent derrière les lignes ennemies ».

Joseph Kabila a aussi rappelé que le Rwanda est bien « l'agresseur de la RDC », tout en redisant que Kinshasa avait rappelé son ambassadeur à Kigali depuis plus de deux semaines et qu’il restera à Kinshasa jusqu'à ce que la situation sera clarifiée.

Situation confuse et chaotique

Goma compte environ 300.000 habitants, plus de nombreux déplacés. Située à 1.200 km de Kinshasa, la ville a déjà été occupée à deux reprises, en 1996 et 1998, par des rebellions, soutenues par le Rwanda voisin. Ce mardi, les rues étaient désertes et des habitants restaient terrés mardi dans leurs maisons dans cette ville, adossée au lac Kivu. Redoutant les combats, des dizaines de milliers de personnes déplacées se sont regroupées au sud de la ville dans les camps de Mugunga pour se mettre à l'abri des combats. Et à la frontière rwandaise, une foule grossissante tentait de se réfugier de l'autre côté de la frontière, dans la ville jumelle de Gisenyi. Des pillages ont eu lieu dans la nuit de lundi à mardi dans le quartier de Katindo au sud par des militaires congolais qui ont ensuite pris la route de Sake, seul axe routier permettant de sortir de la ville en direction du sud. Et pour ajouter à la confusion, plusieurs centaines de détenus de la prison de Munzenze se sont évadés lundi accentuant l'insécurité qui règne sur la ville, selon une source occidentale. Par ailleurs, plusieurs ONG ont évacué leur personnel vers le Rwanda voisin et l'ONU a annoncé le départ de ses employés "non essentiels". Néanmoins, le secrétaire général Ban Ki-moon, a assuré que les 6.700 casques bleus basés dans le Nord-Kivu allaient y rester.

Pressions sur le Rwanda

Compte tenu de la gravité de la situation, la Belgique a suspendu il y a peu sa coopération militaire avec Kigali. Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders s’est dit « extrêmement préoccupé par les informations de reprise des combats de grande ampleur dans le Nord-Kivu et par les conséquences désastreuses sur les populations civiles, à nouveau obligées de fuir les zones de combats ». Il a pris contact avec les autorités congolaises, la MONUSCO et les missions de l’Union européenne en RDC et a tenu à rappeler que l'intégrité territoriale de la RDC doit être respectée et que les autorités congolaises doivent pouvoir rétablir l'ordre sur l'ensemble de leur territoire. « Pour cela, aucun soutien ne peut être apporté aux rebelles qui combattent les forces armées congolaises et tous les efforts doivent être entrepris pour mettre fin à cette rébellion, de la façon la plus pacifique possible, afin de préserver les populations locales qui n'ont que trop souffert ».

Quant à la France, elle a de nouveau déposé une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU demandant un renforcement des sanctions contre les rebelles et évoque l'implication éventuelle d'autres pays dans le conflit. Le Conseil de sécurité de l'ONU a déjà demandé samedi l'interruption "immédiate" de tout soutien extérieur et de toute fourniture d'équipement au M23. L'Union européenne, l'Union africaine et les Etats-Unis ont également condamné lundi l'offensive rebelle.

Rappelons enfin que la conférence nationale des évêques du Congo (CENCO) a initié depuis plusieurs mois des actions pour dénoncer la « balkanisation » du pays et appeler à l’unité et à la paix.

Jean-Jacques Durré

Catégorie : L'actu

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