Saint Jean d’Avila, un prédicateur hors pair


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Saint Jean d’Avila, un prédicateur hors pair
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Deux saints seront proclamés docteurs de l'Église le 7 octobre prochain: Hildegarde de Bingen et Jean d'Avila. Né au XVIe siècle, ce dernier fut un prêtre remarqué pour ses talents de prédicateur, sa maturité spirituelle et sa clairvoyance théologique.

Jean d'Avila est né en 1502, près de Tolède (Espagne), dans une famille de juifs convertis. Contrairement à ce que son nom indique, le futur docteur de l'Église n'a aucun lien de parenté avec sainte Thérèse d'Avila, même s'il soutint celle-ci dans son œuvre de réforme de l'ordre des carmélites. Après de brillantes études de Lettres à Salamanque, il poursuivit sa formation universitaire à Alcala de Henares, puis à Grenade, où il obtint le titre de Maître en théologie. Ses parents n'eurent malheureusement pas la chance d'être présents à ses côtés lorsque lui fut délivré son diplôme, ainsi que lors de son ordination sacerdotale, en 1525, puisqu'ils moururent tous deux durant ses études. C'est donc dans l'église où ils étaient enterrés qu'il célébra sa première messe.

Difficultés avec l'Inquisition

En 1527, Jean d'Avila – qui avait distribué sa part d'héritage aux pauvres – émit le souhait de partir pour le Mexique comme missionnaire, mais son zèle et son habileté d'orateur furent signalés à l'évêque de Séville, qui le chargea d'organiser des missions populaires dans toute l'Andalousie afin de raviver la foi des fidèles. Sa notoriété s'étendit rapidement dans toutes les strates sociales de la population, jusqu'à devenir légendaire. Ainsi, fut-il notamment chargé de prononcer le sermon lors des funérailles de la reine Isabelle de Portugal, épouse de Charles Quint, le 17 mai 1538. C'est d'ailleurs suite à cette homélie que saint François Borgia abandonna la charge de vice-roi de Catalogne pour devenir membre de la Compagnie de Jésus.

Ses talents de prédicateur, sa maturité spirituelle et sa clairvoyance spirituelle ne l'empêchèrent cependant pas de subir les foudres de l'Inquisition. Accusé d'illuminisme et même de luthéranisme, il fut effectivement jeté en prison à Séville, en 1532. Ce n'est qu'à l'été de 1533 que la sentence fut rendue: elle était heureusement absolutoire. Jean d'Avila fut toutefois invité à surveiller son langage et à réunir ses anciens auditeurs pour leur expliquer clairement ce que peut-être ils n'avaient pas suffisamment compris.

Théologien de référence à Trente

Ami de saint Ignace de Loyola, il favorisa le développement des jésuites en Espagne, mais créa également sa propre compagnie. Celle-ci, malheureusement, ne survécut pas longtemps à la mort de son fondateur et disparut à la fin du XVIe siècle.

Bien qu'en raison de sa mauvaise santé, il n'ait pas participé pas au concile de Trente, convoqué en 1544 par le pape Paul III en réaction à la Réforme, il joua en coulisse un rôle très important tant par les précieux conseils qu'il donna que par l'exemple de sa vie, si bien qu'il est considéré aujourd'hui comme l'un des théologiens de référence de ce concile. Ses écrits connurent d'ailleurs un succès extraordinaire longtemps encore après sa mort, et furent traduits et diffusés dans toute l'Europe. Ils sont encore très lus aujourd'hui par le clergé latino-américain.

Tès malade et presque aveugle dans les dernières années de sa vie, il continua malgré tout à jouer son rôle d'animateur et de conseiller auprès des prêtres de sa compagnie et de tous ceux qui le sollicitaient. Il mourut en 1569, à Montilla, dans la demeure de la comtesse de Feria.

Canonisé par Paul VI en 1970, il rejoindra donc le cercle très fermé des docteurs de l'Église, le 7 octobre prochain, à la grande satisfaction de la Conférence épiscopale espagnole, qui en avait fait la demande expresse.

Pascal ANDRÉ

Catégorie : L'actu

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