Les chrétiens européens sont également discriminés


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Les chrétiens européens sont également discriminés
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Une intolérance grandissante à l’égard des chrétiens sévit en Europe. Mais la société ne s’en émeut guère. Il en va pourtant des valeurs fondamentales de respect de la liberté de conscience.

Vous sentez-vous discriminé du fait de votre croyance ? A cette question, il est peu probable que les chrétiens vivant en Belgique répondent spontanément « oui ». Et pourtant, il y a de l’hostilité dans l’air à l’égard des chrétiens… Même le philosophe Bernard-Henri Levy l’a reconnu. Et le phénomène tend même à s’accroître. Un Observatoire de l’intolérance et de la discrimination des chrétiens (OSCE) s’occupe d’ailleurs de répertorier les principales entorses à la liberté religieuse et les cas les plus frappants dʼintolérance et de discrimination contre les chrétiens en Europe (1).
Son directeur, Martin Kugler, était invité hier par la Comece (2) pour en débattre avec d’autres intervenants lors d’un séminaire au sein du Parlement européen, à Bruxelles. Il a ainsi fait part d’études qui montrent qu’en Europe, 85% des crimes de haine motivés par un sentiment antireligieux sont dirigés contre les chrétiens. D’autres chiffres, peu médiatisés, confirment le phénomène. Ainsi en France, le ministère de l’Intérieur a indiqué que 84% des actes de vandalisme recensés en 2010 étaient dirigés contre des lieux de culte chrétiens. Tandis qu’au Royaume-Uni, 48% du clergé avait subi, en 2006, diverses formes de violence antireligieuse.
Mais cette intolérance se retrouve aussi à d’autres niveaux, dans le domaine professionnel notamment. L’OSCE constate qu’une application restrictive de la liberté de conscience conduit à mettre les chrétiens au ban de certaines professions comme celles de médecin, infirmier, sage-femme ou encore pharmacien. Dans le même esprit, « les enseignants ou les parents dʼélèves chrétiens peuvent se retrouver en difficulté en cas de désaccord avec ‘lʼéthique sexuelle’ telle quʼelle est établie par un État» expliquait encore le Dr Kugler.
De fait, il y a de nombreux petits signaux qui s’accumulent et indiquent clairement cette intolérance. « Au Royaume-Uni, les cartes de Noël sont en voie de disparition dans les entreprises ; dans le même esprit, de plus en plus de communes refusent d’ériger un sapin de Noël » rapporte Charles Tannock député européen.

Marginalisation sociale

Certes la situation subie par les chrétiens en Europe ne peut être comparée avec ce qui se passe en Irak ou dans d’autres pays où c’est la vie même des chrétiens qui est parfois en jeu. Mais les termes dʼintolérance et de discrimination restent adaptés pour décrire ce phénomène occidental dans lequel on pointe un déni de l'égalité des droits des chrétiens et leur marginalisation sociale.
Porte-parole de la Conférence des évêques d’Ecosse, John Deighan a stigmatisé cette hostilité publique envers les chrétiens alors que le parlement écossais s’apprête à redéfinir le mariage afin de l’autoriser pour les couples homosexuels. «Les dirigeants de l’Eglise sont mis à mal par les médias parce qu’ils veulent faire entendre un autre avis. La presse estime que nos valeurs sont non-acceptables aux yeux de l’opinion publique alors que 70% des écossais sont opposés au mariage homosexuel !». Mais dans ce débat sensible en divers pays européen, les pro-mariage gay ont vite fait de dire que les chrétiens sont homophobes. «C’est justement une manière d’exclure les catholiques de ce débat», a expliqué, le Secrétaire général de la Comece, Piotr Mazurkiewicz.
Pour autant, au Vatican, on ne veut pas parler de christianophobie. « C’est un terme que je récuse car personne n’a peur du christianisme », a expliqué Mgr Florian Kolfhaus, du secrétariat du Saint-Siège. Pour lui, le problème vient plutôt du silence de l’opinion publique face à des actes anti-chrétiens. « A Rome, lors d’une protestation des indignés, les médias ont fait peu de cas du saccage d'une église et de la destruction d'une statue de la Madonne », a-t-il fait remarquer.

Montrer l’exemple

Mais peut-être qui si les valeurs chrétiennes ont tant de mal, à l’heure actuelle, à être entendues, c’est de la faute des chrétiens eux-mêmes… « Les croyants ont du mal à se mobiliser pour défendre certains sujets, à faire entendre leur voix. Mais ils ne doivent pas avoir peur du ‘politiquement correct’ », a estimé Rocco Buttiglione. Et ce d’autant plus que, « depuis la fin du marxisme, le sentiment antireligieux est en train de régresser. Le nombre de croyants a d’ailleurs augmenté en Europe, ce que les médias ne disent pas », a ajouté ce professeur de sciences politiques à Rome.
Par ailleurs, outre le scandale des affaires de pédophilie qui a entamé le crédit de la parole de l’Eglise, un député irlandais fit remarquer que cette dernière avait aussi des progrès à faire en son sein pour que les femmes y soient moins discriminées et puissent accéder à un certain nombre de postes réservés aux hommes… « sans aller jusqu’à demander une papesse ! ».

Pierre GRANIER
(1) On peut trouver le rapport complet de cet observatoire sur www.intoleranceagainstchristians.eu
(2) Commission des épiscopats de l’Union européenne

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