Caritas, plus catholique que jamais


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Caritas, plus catholique que jamais
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Caritas Internationalis n'est pas une ONG comme les autres. Par un décret et de nouveaux statuts, le Saint-Siège vient de le faire savoir en renforçant sensiblement son contrôle sur cette organisation humanitaire. Il veut en accentuer son "identité catholique".

Un an après l’assemblée générale de Caritas Internationalis qui avait vu la Secrétairerie d’État du Vatican s’opposer au renouvellement de Lesley Ann Knight (la secrétaire générale), la "reprise en main" du Saint-Siège sur l'ONG s'est traduite par la publication, le 2 mai, d'un décret et de nouveaux statuts. Ces derniers visent à accentuer la fidélité de l’organisation caritative avec la doctrine de l’Eglise mais aussi à améliorer sa transparence financière. Ces nouvelles normes s’appliquent uniquement à l’organisation qui fédère les 162 Caritas nationales restées autonomes, mais "les évêques qui ont la charge à travers le monde pourront s’en inspirer pour établir de nouveaux statuts", a expliqué le président du conseil pontifical Cor Unum, le cardinal guinéen Robert Sarah.
Pour le nouveau secrétaire général de l’organisation, Michel Roy, "l’interaction plus forte de Caritas Internationalis avec le Saint-Siège" pourra permettre à l’Eglise de "porter encore davantage le souci des plus pauvres". Arrivé à la tête de l’organisation en mai 2011 après le départ forcé Mme Knight, le Français estime que "la page est tournée".

La supervision de Cor Unum

Le décret, qui est entré en vigueur le jour même de sa publication, définit clairement quels sont les domaines de contrôle du Conseil pontifical Cor Unum, de la première et de la seconde section de la Secrétairerie d’Etat. Par exemple, il est expliqué que "tout texte émis par Caritas Internationalis dont le contenu ou l’orientation porte sur la doctrine et la morale doit être soumis à l’approbation préalable du Conseil pontifical Cor Unum". Elle doit aussi informer la seconde section de la secrétairerie d’Etat, au moins trois fois par an, des rapports qu’elle entretient avec les gouvernements dans le monde entier et les missions diplomatiques accréditées près le Saint-Siège. Le dicastère doit également approuver les accords noués avec les Organisations non gouvernementales, sauf "en cas d’urgence humanitaire grave",

Lien étroit

Au moins trois membres du Conseil exécutif de Caritas Internationalis seront nommés par le pape. Ils devront provenir de "régions pauvres ou qui méritent une attention particulière". Pour l’heure, et jusqu’à la prochaine assemblée générale, ont été choisis trois évêques: un Burkinabé, un Américain et un Libanais.
Les nouveaux statuts prévoient aussi la création d’une "commission d’assistance" dont les compétences doivent encore être fixées par le Saint-Siège. Elle sera composée de trois experts en matière juridique, organisationnelle et technique, nommés par le pape, qui auront un rôle consultatif.
Par ailleurs, le décret redéfinit plus précisément les compétences de l’assistant ecclésiastique, chargé de promouvoir "l’identité catholique" de Caritas Internationalis. Le nouvel assistant sera le père congolais Pierre Cibambo, responsable de l’Afrique au sein de l’organisation depuis une dizaine d’années. Enfin, en plus du président et du secrétaire général, le trésorier de la Caritas devra désormais lui aussi recevoir l’approbation du Saint-Siège, "dans la mesure où cette charge joue un rôle fondamental dans la protection des droits des organisations membres et aussi, dans une certaine mesure, du Saint-Siège".
Caritas Internationalis se rapproche ainsi du statut qu’ont les différents dicastères de la curie romaine, tous placés sous l’autorité du pape et de la secrétairerie d’Etat. Ses dirigeants, ainsi que ses employés, devront d’ailleurs désormais prêter serment. La "promesse", prononcée par les responsables de l’organisation devant le président du Conseil pontifical Cor Unum, contient en particulier l’engagement à "toujours conserver la communion avec l’Eglise catholique, dans les paroles comme dans les actes", et à réfuter toute doctrine "contraire" à celle de l’Eglise.

Sans conséquences en Belgique

Chez Caritas International Belgique, la décision a été plutôt bien accueillie. "Cela marque la fin d'une période de turbulence et c'est un éclaircissement sur la nature de nos rapports avec le Saint-Siège", indique Gilles Cnockaert, responsable de la communication au sein de l'ONG belge, qui voit là au contraire une manière pour l'Eglise de rappeler toute l'importance qu'elle accorde à ce qui constitue son "bras social". Le nouveau cadre juridique de Caritas Internationalis n'aura donc pas de répercussions sur Caritas Belgique qui garde son autonomie. "On est un peu loin de Rome… Ce qui n'empêche pas d'avoir une totale confiance avec les gens qui travaillent là-bas", ajoute Gilles Cnockaert qui rappelle enfin que les valeurs de Caritas Belgique restent inchangées: ce sont celles de l'Evangile. "Et nos rapports avec la conférence épiscopale de Belgique sont excellents".

P.G. (avec Apic et I.Media)

Catégorie : L'actu

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