Enquête sur la vie de Jésus


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Enquête sur la vie de Jésus
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Le livre "Jésus", de Jean-Christian Petitfils, connaît un joli succès en Belgique. Il n'y a pas de révélation dans cette étude scrupuleuse; plutôt une confirmation de ce que le croyant sait déjà mais a peut-être oublié. Une bonne raison alors de se plonger dans cet ouvrage passionnant écrit par un historien dont la plume claire et élégante nous met au cœur de l'action afin de mieux nous réinterroger sur notre foi.

Dans cette enquête historique, Jean-Christian Petitfils esquisse un portrait de Jésus à la lumière des découvertes scientifiques et archéologiques de ces 150 dernières années, c'est-à-dire depuis la publication de "La vie de Jésus" d'Ernest Renan. Mais il le fait dans une démarche qui ne s'oppose pas à la foi, en restant ouvert au mystère et au surnaturel. En près de 500 pages, complétées d'annexes tout aussi passionnantes, l'auteur veut arriver à une approche rationnelle du fondateur de la seule religion qui se veut incarnée.
Pour refaire ce parcours de Jésus, dont l'existence historique est un fait largement partagé, Jean-Christian Petitfils s'appuie sur l'évangile de Jean, qui lui semble plus exact sur le plan de l'historicité empirique. Il prend aussi le soin de replacer Jésus dans son contexte (religieux, culturel et politique) qui n'était pas caractérisé par une crise économique ou politique mais plutôt par une crise psychologique due à l'urbanisation rapide et au développement des échanges commerciaux qui viennent bousculer les équilibres ancestraux.

Jésus n'avait pas de frères

Si l'historien n'a pas de réponse tranchée à certaines interrogations, il exprime son avis et argumente. Jésus avait-il des frères ? Probablement non, estime l'auteur, qui rappelle qu'à sa mort, Jésus confie sa mère à Jean. Et que penser des miracles ? S'il ne se prononce pas sur le caractère historique de ceux-ci, sur ses pouvoirs de guérison, sur les signes, Jean-Christian Petitfils dit aussi qu'il est "difficile d'en faire de simples créations de l'Église primitive" car sans eux, Jésus n'aurait pas attiré autant de monde… Et puis, à propos de la multiplication des pains et des poissons, il rapporte cette phrase rapportée par l'évangile de Jean: "Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes."
On prend ainsi un vrai plaisir à relire les épisodes de la vie de Jésus, comme la résurrection de Lazare. On sent la fascination de l'auteur pour ce personnage qu'il présente comme un orateur exceptionnel, sachant s'adapter à son public et manier redoutablement l'ironie. Pour l'historien, c'est un meneur d'hommes visionnaire, mais aussi un être déroutant, totalement différent des autres chefs religieux de son temps. En raison de son message bien sûr, et de ce commandement totalement inouï, celui de l'amour des ennemis. Et si l'historien nous présente un Jésus des plus humain, il affirme aussi que cet homme avait conscience d'être Dieu et d'avoir une autorité supérieure à celle de Moïse.
Ici et là, le livre nous donne aussi quelques précisions. Il situe par exemple l'épisode de Gethsémani avant la Cène. Et affirme qu'il n'y a pas eu de procès juif de Jésus. Regrettant la sobriété du témoin oculaire que fut Jean lors de l'interrogatoire d'Hanne, le biographe estime que Jésus était au centre d'un règlement de compte entre Pilate d'un côté et Hanne et Caïphe de l'autre.

Tel un médecin-légiste

Procédant tel un enquêteur, l'auteur de "Jésus" se fait même médecin légiste pour consigner les souffrances et les tortures endurées par le corps de Jésus, lors de son châtiment d'abord, puis lors du chemin de croix et enfin sur la croix. Il ne nous épargne rien, expliquant au passage que ce sont les poignets et non les paumes qui ont été encloués, et que les bras étaient fléchis afin de faire durer le supplice. Autant d'indices laissés par les trois reliques mondialement connues: le linceul de Turin, le suaire d'Oviedo et la tunique d'Argenteuil. Elles sont présentées ici comme ayant un degré d'authenticité extrêmement élevé.
Enfin, si l'Histoire s'arrête au tombeau vide, là où commence la foi, l'historien se fait un plaisir d'enregistrer les témoignages, de les confronter et d'en rechercher les logiques internes en quelques pages d'une incroyable force. Mais il avoue en fin de compte que "Jésus reste une énigme, un mystère insondable". Dès lors c'est au lecteur et à sa conscience de répondre à la question que Jésus avait posée aux disciples: "Pour vous qui suis-je"?

Pierre GRANIER

"Jésus", de Jean-Christian Petitfils (ed. Fayard), 660 pages, 34,10 € port compris* au compte 732-7032002-38
IBAN BE24 7327 0320 0238 - BIC CREGBEBB - de Dimanche Service, 67/2, chaussée de Bruxelles, 1300 Wavre.

Catégorie : Culture

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