Jacques Clémens, prêtre ainé du diocèse de Tournai


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Jacques Clémens, prêtre ainé du diocèse de Tournai
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
5 min

Le 5 juillet 1936, c’est en la cathédrale Saint-Paul de Liège que Mgr Kerkhofs ordonnait Jacques Clémens. Chanoine régulier du Latran, le père Clémens est originaire des Pays-Bas où il est né il y a 102 ans. S’il a été ordonné à Liège, c’est dans le diocèse de Tournai qu’il a vécu la plus grande part de son ministère. Et dans la même région, qui plus est, dans les communes voisines de Gerpinnes et Nalinnes. Il est toujours curé de la paroisse de Nalinnes-Bultia, dans l’Unité pastorale de Thuin, où il officie depuis plus de 50 ans. Aujourd'hui, il répond aux questions d'Hubert Wattier.

Quelle fut la foi de votre enfance ?

Je suis né à La Haye, aux Pays-Bas, le 11 juillet 1909 et je suis d’ailleurs resté Hollandais à 100 %. À la maison, nous étions trois enfants, ma sœur, mon frère et moi. À cette époque, les catholiques étaient nombreux et leur vie de foi fervente car on se positionnait vis-à-vis des protestants. Les curés avaient sous leurs ordres trois ou quatre vicaires qui vivaient ensemble. Les prêtres n’étaient pas payés par l’État et il y avait des bourses paroissiales pour leur permettre de vivre. J’ai passé mes six années d’humanités dans un pensionnat où la vie était très stricte: on ne rentrait pas souvent à la maison. Le dimanche, tout le monde allait à la messe à pied: pas question de prendre le tram. Et c’était un péché mortel que de manquer la messe dominicale.

Comment est née votre vocation ?

En fait, c’est mon curé qui m’a suggéré de devenir prêtre ici car dans ce pays voisin du nôtre, on manquait de vocations. Chez nous, aux Pays-Bas, il y avait tellement de prêtres qu’on risquait de rester vicaire toute sa vie… À l’époque, je n’avais aucun lien avec la Belgique.

Parlez-nous de votre formation…

Je suis entré dans l’ordre religieux des chanoines réguliers du Latran. J’ai d’abord passé quelques mois dans une maison de formation à Leuven, puis nous sommes venus à Gerpinnes où la congrégation avait acheté un ancien château. J’ai fait mes trois vœux à la fin de l’année 1931, voici bientôt 80 ans. Après mon noviciat et ma philosophie, j’ai étudié la théologie au Grand Séminaire de Liège. J’ai appris progressivement le français à Gerpinnes et à Liège, mais il faut dire que des cours de français étaient donnés au Séminaire de Liège, et que le latin était encore en usage dans la formation. J’ai été ordonné prêtre le 5 juillet 1936 par l’évêque de Liège, Mgr Kerkhofs. Il occupe certainement une grande place près du Bon Dieu car c’était un saint homme. Il a sauvé beaucoup de Juifs durant la guerre. Nous sommes 35 à avoir été ordonnés ce jour-là. Nous sommes arrivés à la cathédrale à six heures du matin et la célébration a duré jusque midi.

Et quel fut alors votre parcours ?

Je suis retourné à Gerpinnes comme professeur dans notre Petit Séminaire. J’y ai enseigné notamment le latin et le grec, jusqu’à la guerre. Je suis alors reparti vers le diocèse de Liège, à Bressoux plus exactement, comme maître des novices. Fin 1944, je suis revenu à Gerpinnes sous les bombes V1, dans un camion de bière… Tout en faisant toujours partie de la communauté des chanoines du Latran, j’ai été nommé vicaire dominical pas très loin de là, à Nalinnes-Centre. Je m’y rendais à vélo, en soutane bien sûr, même sous la neige. À cette époque, le hameau du Bultia commençait à se développer et j’en suis devenu chapelain. Il n’y avait pas encore d’église, on disait la messe dans une buanderie, puis nous avons eu une grange. Un jour, des chrétiens m’ont demandé de venir chez eux et ils m’ont remis une somme de 500.000 FB pour construire une église. Cela a été le début d’une campagne de récolte de fonds et nous avons donc pu ériger cette église, dédiée à saint Benoît. La première pierre a été posée le 13 octobre 1957 et Mgr Himmer, alors évêque de Tournai, est venu la consacrer le 14 décembre 1958. C’est alors que j’ai été nommé curé du Bultia, charge que j’exerce toujours aujourd’hui.

L’exceptionnelle longévité du père Clémens

Le père Jacques Clémens est non seulement le prêtre le plus âgé du diocèse de Tournai, mais c’est aussi, et de loin, le doyen des curés en fonction. À près de 102 ans, il célèbre toujours deux messes dominicales à Nalinnes-Bultia, dans cette église qu’il a fait construire voici plus d’un demi-siècle. Et l’on vient des paroisses avoisinantes pour écouter ce prêtre qui prononce lui-même l’homélie.

Mais notre "vieux" curé ne se limite pas à ces deux célébrations. Car il dit la messe chaque jour et n’hésite d’ailleurs pas à aller lui-même allumer le chauffage dès potron-minet, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige… Levé à six heures du matin, il se couche à neuf heures du soir et vit de manière autonome dans sa cure même s’il est aidé par plusieurs paroissiens et une infirmière qui lui rend une visite quotidienne. L’expression bon pied, bon œil lui va comme un gant puisqu’il se porte comme un charme. Ainsi, il lit encore et se tient au courant de l’actualité. La mémoire ne lui fait pas défaut, seule l’ouïe est un peu déficiente, mais il comprend bien son interlocuteur à condition que celui-ci se place face à lui et articule convenablement. Le père Clémens ne refuse pas les visites et la sonnette retentit d’ailleurs fréquemment à sa porte.

Plus fort encore : il continue à conduire sa voiture, même s’il se limite aux courts trajets qu’il connaît bien, comme celui qui va du Bultia à Gerpinnes, où il rend visite à la petite communauté de ses confrères chanoines du Latran. Il est déjà loin le temps du vélo et de la soutane…

Hubert Wattier/SB

Catégorie : Belgique

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